Oneness of Juju - African Rhythms ( 1975 )  posté le vendredi 04 novembre 2005 11:02

Tout d'abord un grand merci à tous les visiteurs qui s'attardent ici depuis à peine un mois et qui ont permis que ce modeste blog soit déjà BLOG du mois sur MagicRpm . Merci à toi public ... sans toi je ne suis rien ...

Revenons aujourd’hui au groove le plus puissant avec un disque acheté il y a quelques temps déjà et régulièrement reposé sur ma platine en l’honneur d’auditeurs toujours friands de lignes de basses funky et de breaks de batterie qui claquent .

L’histoire d’Oneness of Juju est avant tout celle de son leader : James « Plunky » Branch .

Le saxophoniste James Plunky Branch naît à Richmond, en Virginie , en 1947 . Etudiant à la Columbia University de New York , il rencontre le bassiste Ken Shabala (Kent Parker), né à Brooklyn  . En 1966 , Plunky y forme un groupe de R&B appelé The Soul Syndicate dont Kent Parker devient le chanteur . En cette fin des années 60 , les mouvements politiques sont extrêmement actifs dans les Universités Américaines et Plunky y participe activement ( manifestations , confrontations avec la police , etc ) . Lorsqu’il s’agit de répondre à l’appel de l’armée pour aller se battre au Vietnam , Plunky s’enfuit avec Shabala à San Francisco , ville jugée plus libérale , pour poursuivre une carrière musicale . Ils se rapprochent alors des Black Panthers et soutiennent les combats de George Jackson et d’Angela Davies . En 1969 , la scène de San Francisco étant en pleine ébullition , ils participent à de nombreuses jam sessions ,  y rencontrent le vibraphoniste Lon Moshe ( Ron Martin ) de Chicago et surtout le pianiste et percussioniste sud-africain d’origine zulu Ndiko Xaba qui leur demande de rejoindre son groupe Ndikho and the Natives,  composé du percussioniste Michael "Babatunde" Lea d’ Englewood, New Jersey , et de deux musiciens de San Francisco : le pianiste Al-Hammel Rasul (Tony Grayson) et le  Percussioniste Jalongo Ngoma (Dennis Stewart) avec lesquels ils enregistrent un premier L.P. : "Ndikho and the Natives". XML:NAMESPACE PREFIX = O />

Avec ce groupe , Plunky participe à une pièce de théâtre intitulée « Ressurection of the dead » qui développe l'idée d’une possible renaissance des Afro-Américains retrouvant leurs racines en s’appropriant une nouvelle identité et en se donnant de nouveaux noms plus africains . Plunky est , par exemple , rebaptisé  Nkabinde ( ce qui signifie grand taureau , rapport à ses nombreuses conquêtes ... ) .

Après la fin de la pièce , les musiciens , tous issus de mouvements musicaux différents ( Plunky et Ken Shabala viennent du R&B et d’un jazz plus traditionnel , Lon Moshe a fait partie de la scène de jazz d’avant-garde de Chicago , Rasul est un autodidacte venu du gospel et de la Soul , Babatunde et Jalongo ont étudié les percussions et les chants africains , afro-cubains et brésiliens ) décident de continuer à jouer ensemble . Le groupe JUJU est né .

Plunky décide de faire de ce groupe le véhicule de ses idées politiques . A l’heure des luttes contre la guerre du Vietnam , il soutient le combat pour la liberté en Afrique du Sud ,  participant à de nombreux festivals et rassemblements politique de la baie de San Francisco au coté de Santana , Sun Ra , Pharaoh Sanders etc … Mettant en avant une identité africaine forte ( visages peints , vêtements traditionnels ) ils developpent un son basé sur les rythmes mélangés aux chants traditionnels africains comme au jazz le plus avant gardiste . Leur premier album , intitulé « JUJU – A Message from Mozambique » sort en 1973 sur Strata-East . La même année , ils déménagent à New York , Brooklyn et Harlem étant les points chauds du nationalisme noir . Ils y côtoient la scène d’avant-garde et jouent avec de grands noms tels que Sun Ra , Jackie McLean , Pharaoh Sanders et surtout Ornette Coleman qui les reçoit et les logent dans son home-studio de Soho .

En 1974 , le groupe se rend à Richmond , ville d’origine de Plunky , pour y enregistrer son deuxième album « JUJU Chapter 2 : Nia » . Plunky décide de s’installer définitivement dans sa ville natale . Certains autres membres du groupe , déçus par le manque de reconnaissance du public , quittent Juju . Plunky , désirant toucher un public plus large et peut être moins ouvert aux musiques d'avant-garde , décide d’ injecter une touche plus urbaine à sa musique ,  plus R&B , avec plus de chants .

Délaissant quelques peu les instruments traditionnels et s’adjoignant les services d’un batteur plus funky , Ronnie Toler , et du propre frère de Plunky , Muzi , pour remplacer Shabala à la basse , le son de Juju devient plus festif , plus dansant , plus funk . Le groupe devient alors Oneness of Juju et est bientôt rejoint par une chanteuse venue du gospel , Lady Eka-Ete  (Jacqueline Holoman).

En 1975 , Plunky et un de ses amis , Jimmy Gray , monte le label Black Fire Records pour sortir l’album « African Rhythms » dont la superbe pochette réalisée par Muzi illustre de nouveau les influences africaines du groupe . Des difficultés de distribution font que le disque n’est pas un réel succès aux Etats-Unis . Il devient pourtant important à l’export , notamment dans les milieux d’avant-garde européens . Le groupe tourne alors beaucoup sur la côte Est des Etats-Unis , à la même affiche que Gil Scot-Heron, Hugh Masekela, Chuck Brown & the Soul Searchers, the Young Senators, Brute, Experience Unlimited , Jimmy Castor , etc …

Cet album , redécouvert et réédité par l’excellent et malheureusement défunt label anglais Strut est une petite merveille rythmique , qui ne laissera ni vos oreilles ni vos jambes indifférentes . Dans les jours qui arrivent je vous parlerais du deuxième album de ce groupe dont vous pourrez aussi écouter des extraits .

Ecoutez dès maintenant :

Oneness of Juju – African Rhythms   ( évidemment le morceau phare de l’album qu’il ouvre en beauté . Tous les éléments qui font Oneness of Juju y sont : voix puissantes , sax incisif de Plunky , balafons et percussions omniprésents , groove digne de Fela et de l’afro-beat … un tube )

Oneness of Juju – Poo Too / Liberation Dues  ( deux titres enchaînés tout à fait représentatifs de cette alliance magique entre le funk le plus groovy , le jazz parfois presque free ,  les influences traditionnelles africaines avec l’utilisation des percussions et du balafon , et le message politique )

Vous pouvez aussi acheter ce disque ici .

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Tous les commentaires de l'article:
Oneness of Juju - African Rhythms ( 1975 )

  • Nass mailto

    lun 01 mai 2006 12:02

    Impressioné!Bravo pour la démarche, le fond et la grande qualité des articles. J'suis tombé un peu par hasard sur ton blog, guidé tout de même par "Juju".
    Divine surprise!!!
    Classe, groovy, funky,très documenté... et avec du sens.

    A bientôt...

    Nass.

  • marie - jo mailto

    lun 21 nov 2005 14:45

    c' est vrai qu' il est bien ton blog, je reviens bientôt te voir. A ++++

  • King Of Siam

    ven 18 nov 2005 14:32

    Il fallait bien que cela arrive, collusion de blogs. Dans mon modeste post sur Edward Bunker, j'évoque son autobiographie qu'il nous laisse en héritage avant de s'éteindre. Et Ed Bunker a tout simplement côtoyé George Jackson à San Quentin, et dans des conditions pas exactement amicales... Un bon éclairage sur les conflits raciaux vus de l'intérieur.

  • King Of Siam mailto

    ven 04 nov 2005 15:58

    Merci bonhomme de ton soutien, à mon tour de te dire que ton blog mérite sa place : éclectisme, originalité, fine plume, richesse... j'adore !


 

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