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Vincent "Randy" Chin est l’un des producteurs les plus fameux de l’histoire de la musique . Métisse sino-jamaïcain né à Kingston en 1937, Chin commence sa carrière en changeant les disques des juke-box à travers tout le pays . Au lieu de jeter les vieux disques pour les remplacer par les nouveautés , il les ramène chez lui et se construit une belle petite collection qui lui permet d’ouvrir son propre magasin de disques sur East Street en 1958 . Auditeur inconditionnel d’une émission de radio nocturne américaine consacré au R&B intitulée "Randy's Record Shop" , il prend le surnom de "Randy" et baptise Randy's Record Shop le nouveau magasin qu’il ouvre au sud de Kingston , au 17 North Parade , en 1961. La même année , il crée son premier label, Randy's, et produit ses premières sessions pour le duo Alton Ellis et Eddie Perkins . La réputation du label grossit et les plus grands musiciens de l’île gravent leurs noms sous l’étiquette Randy’s ( The Maytals, John Holt, Ken Boothe … ) . Chin crée même son propre groupe maison composé des saxophonistes Tommy McCook et Roland Alphonso, des trombonistes Don Drummond et Rico Rodriguez, et des trompettistes Bobby Ellis et Johnny "Dizzy" Moore . De ce groupe naîtront les futurs Skatalites …
En 1967 , à force de voir les musiciens de l’île lui amener leurs créations à commercialiser , Chin décide de monter son propre studio , juste au dessus du magasin . La construction est supervisée par Bill Garnett , un ingénieur du son expérimenté . La réputation du studio met quelques temps à se développer mais progressivement, le Randy’s se distingue car il bénéficie d’installations qui créent un son particulier, à la fois caverneux et pur , selon une alchimie difficilement reproductible. A l’époque, l’équipe du studio prenait d’ailleurs garde à ne pas modifier intempestivement ses installations, de peur de perdre le son qui faisait la réputation du lieu. Quand Bill Garnett part pour New-York pour bosser au studio Impact d’Harry Belafonte ( A noter qu’ Impact ! sera le nom d’un des nombreux sous label de Randy’s ) , il est remplacé par le jeune Errol Thompson , issu de Studio One , qui va tenir les manettes sur les morceaux gravés par Lee Perry pour Bob Marley & the Wailers … Après le passage de Lee Perry , le studio 17 devient rapidement une référence .
A cette époque charnière des 60’s et des 70’s , la Jamaïque est aussi touchée par l’ouragan funk et Clive Chin , le fils ainé de Vincent , enthousiasmé par ces sons venus du Nord , crée son propre Sound-System en 1971 , qu’il baptise « Black Moses » (référence évidente à Isaac Hayes ) , où il passe nombre de titres funk ( The Meters , Young Holt Unlimited , Booker T. & The MG’s ) souvent introuvables en Jamaïque et directement ramenés des Etats-Unis par Vincent Chin et Bill Garnett ( Junior Walker & the All Stars , The O’Jays , The Chi-Lites , The Stylistics , etc … ) . De nombreux groupes gravent des covers des tubes du moment, les labels américains comme Motown , Stax ou Brunswick sont distribués sous licence par les labels locaux , et les artistes jamaïcains n’hésitent pas à revendiquer ses influences américaines ( le saxophoniste Cedric « Im » Brooks , mais aussi le bassiste des Maytals , Jackie Jackson , qui déclare connaître par cœur toutes les lignes de basse de son modèle , James Jamerson de la Motown … ) .
Tous ces sons influencent aussi les productions Randy’s . Le dimanche , Clive passe tout son temps libre au studio en compagnie d’Augusto Pablo et d' Erroll Thompson . Un groupe maison est formé , baptisé Skin , Flesh & Bones ( référence déclarée à Earth , Wind & Fire ) mené par un batteur surdoué fanatique de soul/Funk , y compris dans son style vestimentaire , Lowell « Sly » Dunbar ( surnom emprunté à Sly Stone , évidemment ... ) , et qui comprend , entre autres , Lloyd Parks et son gros son de basse , le guitariste Bertram "Ranchie" McLean , Ansel Collins au clavier , et même Augustus Pablo au melodica . Leurs titres présentés ici transpirent le bon esprit en studio , le groove enfumé , les « funky vibes » ( l’inédit « Having a Party » qui transforme Kingston en Funkytown , leur version du « You Haven’t Done Nothing » de Stevie Wonder , leur transposition du « Disco Stomp » de Bohannon en « Reggae Stomp ») .
On découvre aussi Generation Gap , un groupe d’étudiants de l’University of West Indies , mené par le trompettiste Mikey Carroll et le guitariste John Parkison , spécialisés dans les covers , qui nous livre sur cette compilation une reprise du War d’ Edwin Starr . Ils sont aussi les créateurs du « Bubble Strut » présent dans la version ( inédite ) du saxophoniste des Skatalites , Tommy McCook , ici à la flûte , qui mélange pur reggæ et jazz-funk .
Plein d’autres titres furieusement funky : une version du légendaire « Soul Makossa » de Manu Dibango par Jablonski , un talkover soulful du DJ Charley Ace , un addictif « Funky Sting » par Barry Waite & Limited ( pas besoin d’expliquer la référence ) , et une curiosité parmi ces titres enregistrés en Jamaïque : deux titres de Lyn Taitt , « Out on a funky Trip » et « Stepping Up » , totalement inédits , sur lesquels il faut s’attarder .
Enregistrés fin 1972 – début 1973 aux Art Craft Studio de Brooklyn , il faut bien avouer qu’il s’agit des morceaux les plus funky de la compilation . Ecrits et arrangés par le guitariste originaire de Trinidad Lyn Taitt , vétéran du ska et du rocksteady aux cotés de Byron Lee , Duke Reid ou des Skatalites , ami de Victor Chin qui se trouvait à l’époque à New York , ces deux morceaux réunissent quelques vétérans ( dont Roland Alphonso au sax ) autour de Bill Garnett aux manettes . Le résultat est tout simplement prodigieux .
Plutôt que des covers , je préfère vous proposer des originaux .
Ecouter :
Lyn Taitt – Out on a funky Trip ( la face A , la section rythmique met le feu au moog de Lyn Taitt , et les cuivres ne sont pas là pour l’apaiser )
Lyn Taitt – Stepping Up ( la face B , où duellisent Roland Alphonso au sax et Lyn Taitt à la guitare )
Skin , Flesh & Bones – Having A Party ( la fête est réussie , apparemment )
Barry Waite & Limited – Funky Sting part 2 ( la section rythmique de ce trio guitare-basse-batterie est mise en avant dans cette Part 2 )
Disque disponible ici , ou ailleurs .
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